Le salut et la cigarette

On peut voir le salut et la cigarette comme deux mouvements opposés du même être humain.

La cigarette, c’est souvent le geste du soulagement immédiat. Elle promet un apaisement rapide, ici et maintenant. Elle calme l’angoisse, remplit un vide, marque une pause. Mais ce salut-là est éphémère : il s’éteint avec la cigarette, et laisse parfois derrière lui un léger regret, ou l’envie d’une autre.

Le salut, au sens spirituel, va dans l’autre sens.
Il ne promet pas un apaisement instantané, mais une libération progressive. Il demande parfois de traverser l’inconfort, le manque, l’attente. Là où la cigarette dit « soulage-toi tout de suite », le salut murmure « fais confiance, quelque chose de plus vaste est en train de se jouer ».

Dans cette perspective, résister à la cigarette, surtout à un moment-clé comme le matin ou après le café, peut devenir un petit acte spirituel. Pas héroïque, pas moraliste — juste un choix de ne pas confondre soulagement et salut.

On pourrait presque dire :

la cigarette parle au corps et à l’habitude,

le salut parle au sens, à la durée, à ce qui dépasse l’instant.

Et ce n’est pas un combat brutal. Plutôt un apprentissage du vide : accepter quelques minutes sans compensation, sans geste automatique. Ce vide-là, paradoxalement, est souvent l’espace où quelque chose de plus profond peut apparaître — calme réel, clarté, présence.

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